à celle dont j’ai rêvées
...en vain
- Je ne sais pas si ça serait prudent de vous resservir, monsieur.
- On ne vous demande pas votre avis, remettez moi ça.
- Je crains monsieur que vous ne soyez déjà ivre.
- Et alors je ne suis pas le seul, c’est un mariage, nous sommes tous plus ou moins rond comme des queue de pelle, qu’est-ce que ça peut vous faire que je sois ivre.
- C’est à dire, monsieur, vous avez passé toute la soirée accroché au bar, et je me demandais si...
- Écoutez voilà ce qu’on va faire, je vais vous raconter une histoire, si elle vous plaît, si vous la trouvez triste à se saouler la gueule, vous me servez sans poser de questions, sinon, je m’en vais. D’accord, bon parfait. vous voyez la mariée. Remarquez ça serait dur de la rater, elle est belle comme le jour, même sa robe est magnifique, et pourtant ça peut tourner au grand n’importe quoi les robes de mariée de la robe de princesse de chez Disney, jusqu’à la meringue ridicule, mais là elle est parfaite. Vous voyez que je ne suis pas jaloux, et pourtant c’est moi qui devrait être à son bras en ce moment.
- Vraiment, monsieur?
- Arrêtez de m’appeler monsieur, ça me gonfle.
- Moi je voulais pas y aller. Par tradition personnelle depuis que j’avais retrouvé mon statut de célibataire je passais mes réveillons de al saint Sylvestre seul. Ce n’est pas parce que cette tradition ne remontait qu’à l’année précédente que je n’avais pas envie de la respecter. Mais voilà mon frère était inquiet de me voir me morfondre en cette période où il est obligatoire d’être heureux, il avait donc décidé de me sortir. Il avait pitié de moi, c’est une malédiction, je n’attire pas l’amour et l’affection, juste la pitié et la compassion.
J’avais mis en place un programme alléchant. Jugez en donc, une terrine de foie gras, une bouteille de Sauterie et pour me finir une bouteille de Veuve Cliquot. En accompagnement une sélection de films: Soupe aux Canards, Annie Hall, et peut être si je ne m’étais pas endormi sur la canapé To Be or Not To Be celui de Lubitch, pas la pale copie de Mel Brooks. Un traitement idéal contre le cafard, et pour passer une excellente soirée. Pour qu’elle raison aurais-je suivi mon frère?
Je n’ai aucune volonté, surtout quand on me promet un buffet sorti tout droit d’un des meilleur traiteur et du champagne à volonté. Alors je l’ai suivi, par faiblesse, par intérêt, par gourmandise. J’ai tiré un trait sur cette parfaite soirée dans mon petit appartement.
Je ne suis pas un aficionado de ce genre de soirée. en bon disciple de Brassens je pense donc que quand on est plus de quatre on est une bande de cons. Je ne suis pas un ours, enfin pas trop, disons que je rechigne à perdre mon temps avec des militants de droite bornés qui ne voient pas plus lon que leur sicav, leur MEDEF et leur petit confort personnel. Manque de pot la place en était pleine. J’aurais du m’en douter quand mon frère m’avait dit que c’était organisé par ses collègues.
Dans un grand appartement bourgeois, lambris doré, parqué ciré, lustre en cristal, évoluaient une foule en tenue de soirée. Je faisais tache dans mon jean, j’avais au moins eu la présence d’esprit d’enfiler un chemise à peu près correcte. Je tentais poussé par mon frère de me mêler aux groupes, mais les conversations couraient sur des sujet qui me passaient largement au dessus de la tête. Il était évident que nous n’avions pas les mêmes valeurs, les leurs étant surtout boursières. Quand ils évoquèrent leurs actions j’ai voulu faire une blague en disant que le seul portefeuille que je possédais ne m’avait coûté que 2€ , et que je l’avais acheté à un vendeur à la sauvette dans les rues. Ils ne m’ont même pas accordé un sourire.
Pas encore découragé je continuais à écouter leurs histoires sur leur petite vie, leurs enfant tous magnifique et destiné à des grandes choses, leurs prochaines vacances en Normandie ou à l’île de Ré. Rien que des choses qui me passionnent, je n’ai pas d’enfant, je ne pars jamais en vacances, et surtout pas en Normandie ni à lîle de Ré pour ne pas risquer de tomber sur eux.
Vu la façon dont je répondais à leurs questions je m’étonnais qu’ils ne me lynchent pas. Cela aurait eu de la gueule, moi me balançant au bout du corde accrochée au lustre en cristal. Je prenais un malin plaisir à en rajouter dans le côté asocial, emmerdeur de gauche pour tenter de les pousser à bout. Mais ils savent trop bien se comporter en société, ils ne m’auraient jamais envoyer un direct du droit dans ma face. Du moins tant qu’ils n’étaient pas trop imbibés. Quand ils auront tous un coup dans le nez ils sortiront dans blagues racistes, misogynes, tiendront des propos réac, insupportable; Et il n’hésiteront plus à en venir aux mains. De vrais cons mondains.
Enfin bref, petit à petit le vide se faisait autour de moi, les convives ayant compris au bout du compte que nous n’avions rien en commun, et ils se détournèrent poliment de moi pour reprendre avec d’autres invités tout aussi nuls qu’eux des propos sans intérêt, sans talent, sans âme.
Je me repliais stratégiquement sur le buffet, la seule raison pour que je resta étant la qualité du champagne, et le talent du traiteur. Je trouvais une chaise, une caisse de la Veuve la plus sympathique du monde, un plateau de petits fours, et je m’imbibais le cortex avec méthode et application. D’ici peu, complètement saoul, je prévoyais de prendre la tangente, mais en attendant je passais ma haine de l’humanité en général, et de la portion de cette dernière présente dans cette salle en particulier seul dans mon coin. J’attaquais ma troisième bouteille quand j’ai été illuminé.
Surgie de nulle part elle m’est apparue. Comment pouvait-elle être ici ce soir, alors que tout n’est que médiocrité, mesquinerie, laideur en ces lieux. Une rose sur un tas de fumier.
J’ai été sous le charme immédiatement. subjugué par tant de beauté, celle que l’on ne trouve que dans les toiles du Titien, ou de Botticelli. En un seul regard j’ai su que cette femme était la femme de ma vie. Vous savez la femme qui hante vos rêves, comment c’est déjà... je fais ce rêve d’une femme qui m’aime, et qui n’est pas tout à fait la même qu’avant. C’est en gros un truc comme ça.
Je savais à cet instant précis que j’avais trouvé celle auprès de qui ma haine de l’Homme s’appaiserait enfin. Celle qui soulagerait mes blessures, mes angoisses. Elle comprendrait ma douleur de vivre, la partagerait peut être. Elle consolerait ma tristesse quotidienne. Je pourrais san retenue aucune me laisser aller, impudique, elle m’écouterait patiemment sans penser à autre chose. Elle sourirais de mes doutes parce qu’elle les comprendrait. Elle serait mon havre de paix. Je pourrais partager avec elle mon amour pour les auteurs du début du siècle dernier, Guitry, Allais, Bernard, les bordeaux rouges, la trompette de Chet Baker, le piano de Bill Evans, le gratin dauphinois, les chansons de Brassens, les chroniques de Vialatte, les films de Allen, Truffaut, les textes de Desproges, Star Trek, et tout le reste. Elle aimerait tout cela sans réserve.
Il me fallait la rejoindre. Je la prendrais par la main et lui dirais: “Quittons ces gens avec qui nous n’avons rien à voir, oublions les, laissons les croupir dans leur insignifiance, un jour nouveau commence, une année nouvelle, elle est pour nous deux. Venez, je vous emmène dans un lieu où nous serons hors d’atteinte des chiens, des loups, des hommes et des imbéciles. N’ayez pas peur, je vous aime.”
Pour elle j’était prêt à abandonner ma Veuve essentielle, mon saumon irréfutable, mon foie malade, je parle de celui gras de l’oie que je dévorais, encore que le mien ne doit pas être très beau, je quitterais le confort de mon coin tranquille, ce noir qui encombre peu à peu mes pensées, ma famille, ma ville, mon pays, tout.
Je devais avant tout quitter ma chaise. Elle était à l’autre bout de la pièce. Il me fallait franchir l’océan immense pour la rejoindre, fendre le flot des convives, traverser une marée humaine. Moins d’une dizaine de mètre me séparaient du bonheur...
- Et alors?
- Et alors... Que croyez vous que j’ai pu faire. J’avais passé toute la soirée à picoler. Quand j’ai voulu la rejoindre je me suis lamentablement étalé par terre, sur le tapis persan, comme un con. Je me suis ridiculisé devant devant une bonne cinquantaine de personnes que je ne pouvais pas voir. Que croyez vous que j’ai fais après ça. Je me suis relevé difficilement et je suis parti vomir dans la rue. C’est mon frère qui se marie aujourd’hui.
- Vous voulez un autre verre?
...en vain
- Je ne sais pas si ça serait prudent de vous resservir, monsieur.
- On ne vous demande pas votre avis, remettez moi ça.
- Je crains monsieur que vous ne soyez déjà ivre.
- Et alors je ne suis pas le seul, c’est un mariage, nous sommes tous plus ou moins rond comme des queue de pelle, qu’est-ce que ça peut vous faire que je sois ivre.
- C’est à dire, monsieur, vous avez passé toute la soirée accroché au bar, et je me demandais si...
- Écoutez voilà ce qu’on va faire, je vais vous raconter une histoire, si elle vous plaît, si vous la trouvez triste à se saouler la gueule, vous me servez sans poser de questions, sinon, je m’en vais. D’accord, bon parfait. vous voyez la mariée. Remarquez ça serait dur de la rater, elle est belle comme le jour, même sa robe est magnifique, et pourtant ça peut tourner au grand n’importe quoi les robes de mariée de la robe de princesse de chez Disney, jusqu’à la meringue ridicule, mais là elle est parfaite. Vous voyez que je ne suis pas jaloux, et pourtant c’est moi qui devrait être à son bras en ce moment.
- Vraiment, monsieur?
- Arrêtez de m’appeler monsieur, ça me gonfle.
- Moi je voulais pas y aller. Par tradition personnelle depuis que j’avais retrouvé mon statut de célibataire je passais mes réveillons de al saint Sylvestre seul. Ce n’est pas parce que cette tradition ne remontait qu’à l’année précédente que je n’avais pas envie de la respecter. Mais voilà mon frère était inquiet de me voir me morfondre en cette période où il est obligatoire d’être heureux, il avait donc décidé de me sortir. Il avait pitié de moi, c’est une malédiction, je n’attire pas l’amour et l’affection, juste la pitié et la compassion.
J’avais mis en place un programme alléchant. Jugez en donc, une terrine de foie gras, une bouteille de Sauterie et pour me finir une bouteille de Veuve Cliquot. En accompagnement une sélection de films: Soupe aux Canards, Annie Hall, et peut être si je ne m’étais pas endormi sur la canapé To Be or Not To Be celui de Lubitch, pas la pale copie de Mel Brooks. Un traitement idéal contre le cafard, et pour passer une excellente soirée. Pour qu’elle raison aurais-je suivi mon frère?
Je n’ai aucune volonté, surtout quand on me promet un buffet sorti tout droit d’un des meilleur traiteur et du champagne à volonté. Alors je l’ai suivi, par faiblesse, par intérêt, par gourmandise. J’ai tiré un trait sur cette parfaite soirée dans mon petit appartement.
Je ne suis pas un aficionado de ce genre de soirée. en bon disciple de Brassens je pense donc que quand on est plus de quatre on est une bande de cons. Je ne suis pas un ours, enfin pas trop, disons que je rechigne à perdre mon temps avec des militants de droite bornés qui ne voient pas plus lon que leur sicav, leur MEDEF et leur petit confort personnel. Manque de pot la place en était pleine. J’aurais du m’en douter quand mon frère m’avait dit que c’était organisé par ses collègues.
Dans un grand appartement bourgeois, lambris doré, parqué ciré, lustre en cristal, évoluaient une foule en tenue de soirée. Je faisais tache dans mon jean, j’avais au moins eu la présence d’esprit d’enfiler un chemise à peu près correcte. Je tentais poussé par mon frère de me mêler aux groupes, mais les conversations couraient sur des sujet qui me passaient largement au dessus de la tête. Il était évident que nous n’avions pas les mêmes valeurs, les leurs étant surtout boursières. Quand ils évoquèrent leurs actions j’ai voulu faire une blague en disant que le seul portefeuille que je possédais ne m’avait coûté que 2€ , et que je l’avais acheté à un vendeur à la sauvette dans les rues. Ils ne m’ont même pas accordé un sourire.
Pas encore découragé je continuais à écouter leurs histoires sur leur petite vie, leurs enfant tous magnifique et destiné à des grandes choses, leurs prochaines vacances en Normandie ou à l’île de Ré. Rien que des choses qui me passionnent, je n’ai pas d’enfant, je ne pars jamais en vacances, et surtout pas en Normandie ni à lîle de Ré pour ne pas risquer de tomber sur eux.
Vu la façon dont je répondais à leurs questions je m’étonnais qu’ils ne me lynchent pas. Cela aurait eu de la gueule, moi me balançant au bout du corde accrochée au lustre en cristal. Je prenais un malin plaisir à en rajouter dans le côté asocial, emmerdeur de gauche pour tenter de les pousser à bout. Mais ils savent trop bien se comporter en société, ils ne m’auraient jamais envoyer un direct du droit dans ma face. Du moins tant qu’ils n’étaient pas trop imbibés. Quand ils auront tous un coup dans le nez ils sortiront dans blagues racistes, misogynes, tiendront des propos réac, insupportable; Et il n’hésiteront plus à en venir aux mains. De vrais cons mondains.
Enfin bref, petit à petit le vide se faisait autour de moi, les convives ayant compris au bout du compte que nous n’avions rien en commun, et ils se détournèrent poliment de moi pour reprendre avec d’autres invités tout aussi nuls qu’eux des propos sans intérêt, sans talent, sans âme.
Je me repliais stratégiquement sur le buffet, la seule raison pour que je resta étant la qualité du champagne, et le talent du traiteur. Je trouvais une chaise, une caisse de la Veuve la plus sympathique du monde, un plateau de petits fours, et je m’imbibais le cortex avec méthode et application. D’ici peu, complètement saoul, je prévoyais de prendre la tangente, mais en attendant je passais ma haine de l’humanité en général, et de la portion de cette dernière présente dans cette salle en particulier seul dans mon coin. J’attaquais ma troisième bouteille quand j’ai été illuminé.
Surgie de nulle part elle m’est apparue. Comment pouvait-elle être ici ce soir, alors que tout n’est que médiocrité, mesquinerie, laideur en ces lieux. Une rose sur un tas de fumier.
J’ai été sous le charme immédiatement. subjugué par tant de beauté, celle que l’on ne trouve que dans les toiles du Titien, ou de Botticelli. En un seul regard j’ai su que cette femme était la femme de ma vie. Vous savez la femme qui hante vos rêves, comment c’est déjà... je fais ce rêve d’une femme qui m’aime, et qui n’est pas tout à fait la même qu’avant. C’est en gros un truc comme ça.
Je savais à cet instant précis que j’avais trouvé celle auprès de qui ma haine de l’Homme s’appaiserait enfin. Celle qui soulagerait mes blessures, mes angoisses. Elle comprendrait ma douleur de vivre, la partagerait peut être. Elle consolerait ma tristesse quotidienne. Je pourrais san retenue aucune me laisser aller, impudique, elle m’écouterait patiemment sans penser à autre chose. Elle sourirais de mes doutes parce qu’elle les comprendrait. Elle serait mon havre de paix. Je pourrais partager avec elle mon amour pour les auteurs du début du siècle dernier, Guitry, Allais, Bernard, les bordeaux rouges, la trompette de Chet Baker, le piano de Bill Evans, le gratin dauphinois, les chansons de Brassens, les chroniques de Vialatte, les films de Allen, Truffaut, les textes de Desproges, Star Trek, et tout le reste. Elle aimerait tout cela sans réserve.
Il me fallait la rejoindre. Je la prendrais par la main et lui dirais: “Quittons ces gens avec qui nous n’avons rien à voir, oublions les, laissons les croupir dans leur insignifiance, un jour nouveau commence, une année nouvelle, elle est pour nous deux. Venez, je vous emmène dans un lieu où nous serons hors d’atteinte des chiens, des loups, des hommes et des imbéciles. N’ayez pas peur, je vous aime.”
Pour elle j’était prêt à abandonner ma Veuve essentielle, mon saumon irréfutable, mon foie malade, je parle de celui gras de l’oie que je dévorais, encore que le mien ne doit pas être très beau, je quitterais le confort de mon coin tranquille, ce noir qui encombre peu à peu mes pensées, ma famille, ma ville, mon pays, tout.
Je devais avant tout quitter ma chaise. Elle était à l’autre bout de la pièce. Il me fallait franchir l’océan immense pour la rejoindre, fendre le flot des convives, traverser une marée humaine. Moins d’une dizaine de mètre me séparaient du bonheur...
- Et alors?
- Et alors... Que croyez vous que j’ai pu faire. J’avais passé toute la soirée à picoler. Quand j’ai voulu la rejoindre je me suis lamentablement étalé par terre, sur le tapis persan, comme un con. Je me suis ridiculisé devant devant une bonne cinquantaine de personnes que je ne pouvais pas voir. Que croyez vous que j’ai fais après ça. Je me suis relevé difficilement et je suis parti vomir dans la rue. C’est mon frère qui se marie aujourd’hui.
- Vous voulez un autre verre?
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